Dysgraphie : viser une écriture fonctionnelle plutôt que parfaite
« Est dysgraphique un enfant chez qui la qualité de l’écriture est déficiente alors qu’aucun déficit neurologique ou intellectuel n’explique cette déficience. »
L’Écriture de l’enfant, J. de Ajuriaguerra, M. Auzias et A. Denner, 1989.
La graphothérapie correspond à un ensemble de pratiques d’accompagnement visant à optimiser l’usage de l’écriture manuscrite.
Elle s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adolescents ou aux adultes rencontrant des difficultés telles qu’une écriture peu lisible, trop lente, source d’inconfort ou de fatigue.
L’objectif n’est pas la recherche d’une écriture « parfaite », mais l’installation d’un geste graphique plus efficient, permettant de répondre aux contraintes scolaires ou professionnelles, tout en laissant davantage de disponibilité pour l’orthographe, l’organisation des idées et, plus largement, pour la production écrite.
Cette approche de l’écriture s’appuie sur des travaux qui ont cherché, dès le milieu du XXᵉ siècle, à comprendre comment le geste graphique se développe, s’organise et parfois se fragilise.
Les premiers outils d’évaluation de l’écriture se sont construits à partir des recherches d’Hélène de Gobineau et de Julian de Ajuriaguerra (1911-1993), qui ont contribué à définir des repères essentiels pour comprendre et accompagner la dysgraphie.
Aux origines de l’évaluation de l’écriture en France
L’intérêt scientifique pour l’écriture prend forme dès les années 1950, sous l’impulsion d’Hélène de Gobineau (1903-1958), graphologue française, et de Roger Perron, psychologue.
Leur objectif est alors de décrire comment l’écriture évolue et d’identifier les éléments qui témoignent d’une maturation ou, au contraire, d’une fragilité dans le geste graphique.
Pour analyser cette progression, deux outils d’observation sont élaborés.
L’échelle E (Enfant)
Elle comporte 37 items spécifiques des difficultés d’apprentissage de l’écriture chez les enfants.
Cette échelle avait pour objectif « d’essayer d’isoler les composantes qui contribuent à donner au graphisme son aspect enfantin ou, au contraire, son aisance ».
Réf. : H. de Gobineau & R. Perron, Génétique de l’écriture et étude de la personnalité, 1954.
L’échelle A (Autonomie)
Elle comprend 31 items « correspondant à la façon dont l’écriture s’aménageait pour atteindre la maîtrise et l’efficacité en vue de l’aisance et de la rapidité propres à l’adulte ».
Réf. : Jacqueline Peugeot, La connaissance de l’enfant par l’écriture. L’approche graphologique de l’enfance et de ses difficultés, L’Harmattan.
Dans l’optique d’Hélène de Gobineau, la croissance de l’écriture devait se traduire par la disparition progressive des items de l’échelle E et par l’apparition progressive des items de l’échelle A.
Ajuriaguerra reprend et transforme ces travaux
Après le décès d’Hélène de Gobineau, ces travaux sont repris par l’équipe de Julian de Ajuriaguerra, neuropsychiatre, en collaboration avec Roger Perron.
L’échelle A, jugée moins pertinente, n’est pas conservée.
Trente items de l’échelle E sont en revanche retenus et réorganisés en deux sous-échelles complémentaires :
- Échelle de Forme (EF) : 14 items
- Échelle de Mouvement (EM) : 16 items
Ce nouveau découpage permet d’observer séparément la qualité du tracé et la dynamique du geste, deux dimensions essentielles du mouvement scriptural.
Une troisième échelle, dite échelle de dysgraphie, composée de 25 items, est ajoutée.
Son objectif est d’apprécier le niveau de maîtrise du geste d’écriture d’un enfant et de mettre en évidence ses points d’appui comme ses fragilités, en les situant par rapport aux attentes propres à son âge ou à sa classe.
Ces chercheurs la concevaient également comme un outil d’observation permettant d’identifier une éventuelle dysgraphie.
La typologie des dysgraphies selon Ajuriaguerra
Dans la continuité de ces travaux, Ajuriaguerra et son équipe proposent une typologie des dysgraphies, distinguant cinq profils principaux :
- La dysgraphie raide, où le geste apparaît tendu et crispé.
- La dysgraphie molle, marquée par un tracé relâché.
- La dysgraphie lente et précise, où la recherche de perfection ralentit fortement le rythme d’écriture.
- La dysgraphie impulsive, révélée par un mouvement rapide, parfois brusque et difficilement contrôlé.
- La dysgraphie maladroite, caractérisée par une écriture lourde, désordonnée, avec de nombreuses retouches.
Cette classification montre qu’Ajuriaguerra n’envisageait pas une dysgraphie unique, mais bien plusieurs formes, tout en soulignant que ces profils se chevauchent fréquemment.
Un héritage qui éclaire encore la pratique d’aujourd’hui
Les travaux fondateurs de ces chercheurs restent essentiels. Ils ont posé les bases d’outils permettant d’observer et d’accompagner le geste d’écriture.
Leur héritage continue d’influencer la manière dont la graphothérapie soutient aujourd’hui enfants, adolescents et adultes en difficulté d’écriture.
Chez Graines de Graphie, l’écriture est envisagée comme un geste qui s’observe et s’accompagne avec respect du rythme de chacun. C’est dans cet esprit que s’inscrivent les accompagnements proposés en graphothérapie.

