Donner des repères à son enfant pour le guider dans son écriture
Apprendre à mieux écrire passe par de nombreuses étapes, parmi lesquelles figure une transition ritualisée : celle du passage de la ligne double aux « grands carreaux », ou lignage Seyès. Cet exercice d’écriture représente souvent un véritable défi pour l’enfant.
Le lignage Seyès : un repère typiquement français
Ce lignage doit son nom au libraire-papetier Jean-Alexandre Seyès, qui en a déposé le brevet en 1892. Son usage a ensuite été généralisé dans les écoles par une note de l’Éducation nationale. Depuis, ce quadrillage est resté une spécificité française, contrastant avec les systèmes utilisés chez nos voisins européens.
Un allié parfois déroutant
Le lignage Seyès, pour faire bref, ce sont des carreaux de 8 mm de côté, avec deux lignes horizontales plus épaisses. Entre ces deux lignes de base, 3 interlignes délimitent 4 espaces de 2 mm chacun (pour le lignage standard).
Ce lignage a pour objectif d’apprendre à mieux écrire en guidant l’élève dans la maîtrise des hauteurs propres à chaque lettre cursive. Ses repères, cependant, peuvent représenter un véritable casse-tête pour l’enfant qui doit respecter un parcours normé, balisé selon un nombre précis d’interlignes.
Autant dire que le lignage Seyès peut vite présenter une cartographie de l’espace d’écriture coûteuse en attention, l’élève ne disposant que de minces repères visuels pour suivre sa route.
Privilégier un passage progressif vers le lignage standard
Avant de passer au lignage standard (2 mm), on propose généralement des interlignes agrandis, afin d’aider l’enfant à se familiariser avec l’espace d’écriture. Un lignage de 3 mm facilite cette transition, tout en permettant le bon mouvement des doigts : l’enfant est prêt pour apprendre à mieux écrire sur un cahier Seyès.
Une différenciation des lignes par la couleur offre un soutien supplémentaire. Ainsi, le lignage Seyès sera plus confortable dans sa version bicolore : une ligne de base violette se distingue des interlignes bleu-clair, ce qui peut faciliter le repérage visuel.
Pour le cahier du jour, un petit format (17×22 cm) constituera un support idéal : prenant peu de place, il permet l’inclinaison nécessaire à un geste d’écriture aisé et offre un meilleur repérage des informations sur la page. On veillera à ce qu’il ne soit pas trop épais.
Malgré ces précautions, apprendre à mieux écrire en respectant les interlignes peut parfois demander plus de temps à un enfant. L’avis de l’enseignant, d’un orthoptiste, d’un orthophoniste ou d’un autre spécialiste de la rééducation aidera à mieux comprendre ses besoins.
En parallèle, certaines activités simples peuvent l’aider à franchir cette étape plus sereinement et en jouant !
Mémoriser l’espace du lignage Seyès
En séance, j’aime utiliser l’image du « crayon-ascenseur ». Les enfants adhèrent immédiatement à cette proposition et visualisent mieux la taille des lettres : apprendre à mieux écrire devient un jeu.
La ligne de base
J’invite l’enfant à la suivre du doigt et/ou à l’observer à l’aide d’une loupe : le trait y est plus épais.
Elle correspond au niveau 0 de l’immeuble : c’est le sol.
À partir de la ligne de base
- 13 « petites lettres » (a, c, e, i, m, n, o, r, s, u, v, w, x ) occupent le niveau +1
L’ascenseur monte jusqu’au 1er interligne. Comme il leur faut peu de place, un seul niveau leur suffit.
- 2 lettres moyennes, le « d » et le « t » : on compte 0+2
L’ascenseur monte jusqu’au 2ème interligne. Comme elles sont un peu timides, elles ne se mêlent pas autres lettres.
- 4 lettres hautes (b, h, k, l) : on compte 0+3
L’ascenseur monte jusqu’au 3ème interligne. C’est le plus haut niveau pour les lettres.
- 6 lettres basses (g, j, p, q, y, z) vont de +1 à -2
Elles se sont d’abord installées chez les petites lettres, puis sont vite descendues de deux interlignes car elles manquaient de place.
- La lettre « f » : pour elle seule, l’ascenseur monte jusqu’au niveau +3 puis descend jusqu’à -2
C’est une vraie star et tout l’immeuble la connaît !
NB : pour éviter toute risque de confusion, les signes libres (accents, points, barres de t … ) ne sont pas abordés dans cette activité.
Cette version « contée » de la taille des lettres peut se décliner à l’infini et constitue un atout mnémotechnique intéressant pour apprendre à mieux écrire. Au cabinet, elle me sert de base pour d’autres activités d’écriture, que j’adapte en fonction de l’enfant.
Colorier des mots-frises et les faire deviner
Objectif : se familiariser avec les interlignes du cahier Seyès pour apprendre à mieux écrire.

Matériel :
- Une feuille Seyès (le modèle ci-contre présente un lignage 2 mm)
- 4 crayons de couleur : noir, vert, bleu, jaune + 1 autre, que choisit l’enfant
Activité : proposer à l’enfant de créer de petites frises simples, en lui demandant de colorier les espaces compris entre les interlignes, tout en suivant un code couleur.
Je vous présente les mots-frises de Naëlle, que j’ai accompagnée en CE2. Vous pouvez y « lire » les mots : galet, plage et flotte !
Chaque « lettre » occupe un carreau entier. L’enfant les colorie une par une, même lorsque plusieurs « lettres » identiques se suivent.
Pour son code couleur, Naëlle est partie de l’activité précédente et s’est inspirée des cahiers Serpodile : je propose souvent en début de suivi ces cahiers au lignage alternatif.
Au-dessus de la ligne de base : on monte jusqu’au soleil
Il y a d’abord la ligne de base, ou niveau 0 : un immense hall d’entrée pour toutes les lettres. On peut simplement suivre cet espace du doigt, en partant de la marge de gauche.
Vert (l’herbe)
Les lettres qui occupent cet espace partent de la ligne de base et montent d’un niveau. C’est le rez-de-chaussée ou l’étage des « petites lettres ».
C’est là aussi que l’on trouve les boîtes aux lettres des résidents : donc toutes les lettres de l’alphabet, quelle que soit leur taille, se croisent au niveau de cet espace.
On y voit l’herbe des jardins. Cet espace se colorie en vert.
Bleu (le ciel)
Les lettres qui occupent cet espace partent de la ligne de base et montent de 2 niveaux. Elles ne sont que 2 : le « d » et le « t ».
On y voit le ciel. Cet espace se colorie en bleu.
Jaune (le soleil)
Les lettres qui occupent cet espace partent de la ligne de base et montent de 3 niveaux. Ce sont les « grandes lettres« .
On y voit le soleil, quand il fait beau. Cet espace se colorie en jaune.
Sous la ligne de base
Noir (Le sous-sol)
Les lettres que l’on rencontre ici sont les lettres descendantes (g, j, p, q, y, z).
Pour colorier leur espace, on va commencer par le rez-de-chaussée et descendre de 2 niveaux.
Comme on descend vite sous terre, il fait plutôt sombre et on utilise en totalité un crayon noir.
Pour le F ?
Le F, c’est connu, n’en fait qu’à sa tête !
Aussi, l’enfant choisit lui-même son propre code, en utilisant une nouvelle couleur : invitez-le à vous « raconter » son choix.
Résultats attendus :
- Une meilleure distinction des interlignes
- La possibilité de mieux mémoriser l’espace du cahier Seyès
- Une activité permettant à l’enfant d’exprimer sa créativité
- Un travail qui contribue à la mobilité digitale, le format des frises se prêtant particulièrement bien au mouvement des doigts.
Astuce
Invitez l’enfant à choisir un mot et à l’ « encoder » au moyen des codes couleur choisis : à vous de le deviner ensuite. Cette activité constitue une variante graphique de l’indémodable jeu du pendu et l’aidera à progresser en vocabulaire / orthographe, tout en passant un bon moment en famille.
Apprendre à mieux écrire ses lettres, c’est aussi apprendre à mieux orthographier les mots.
Les champs d’action de cette activité sont multiples.
En conclusion
Apprendre à mieux écrire sur le lignage Seyès peut représenter une difficulté pour certains enfants : un parcours progressif et adapté, combiné à des activités de repérage ludiques, peut les aider à gagner en assurance.
En tant que graphothérapeute, je veille à adapter ce parcours aux besoins et au rythme de chaque enfant, afin de lui redonner confiance et plaisir à écrire.

